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Cher Père Noël

Cette année, j’ai été sage, très sage. Je suis restée enfermée chez moi pendant des semaines. Je ne suis sortie qu’en cas de besoin avec un joli masque en tissu pour ne pas jeter plus de plastique. Enceinte, j’ai pris soin de moi et de bébé. Je me suis reposée. J’ai surveillé ma prise de sucre. Enceinte, j’ai continué à travailler autant que mon corps me le permettait. Puis, j’ai accouché d’un beau bébé, et je m’en suis bien occupée.

J’ai été une maman sage.

J’ai donné du lait à mon bébé, je l’ai porté, je l’ai bercé. Je ne l’ai pas laissé pleuré seul. J’ai tenu compte de ses besoins. J’ai pris en compte ses émotions. Je lui ai parlé pour le rassurer, pour communiquer, pour l’encourager, pour lui témoigner mon amour, pour lui raconter des tas de choses. Je l’ai bercé, je l’ai porté quand il pleurait même si ça me faisait mal au dos et aux oreilles. J’ai fait de mon mieux pour être là pour lui quand il en avait besoin. J’ai fait de mon mieux pour respecter ses besoins. Je l’ai laissé joué sur son tapis quand j’ai senti qu’il en avait assez d’être dans mes bras même si j’avais toujours envie de le câliner.

J’ai été une maitresse sage.

Je n’ai rien dit quand il a fallu laisser mon bébé de 3 mois à des inconnues même si ça me fendait le cœur. Je n’ai rien dit quand il a fallu retourner travailler et porter un masque toute la journée. Je n’ai rien dit quand j’ai eu mal à la gorge à force de parler avec ce masque. Je n’ai rien dit quand on nous annoncé que les masques que l’on portait étaient empoisonnés. Je n’ai rien dit quand il a fallut perdre plus d’une heure par jour à faire laver les mains à mes CE2. Je n’ai rien dit quand il a fallut surveiller que chacun porte son masque correctement. Je n’ai rien dit quand j’ai répété à mes élèves cinquante fois par jour : « Met ton masque sur le nez. » Je n’ai rien dit quand ils ont annulé la piscine. Je n’ai rien dit quand ils l’ont reprogrammé. Je n’ai rien dit quand il a fallu emmener les élèves jusqu’au bord du bassin avec leur masque. Je n’ai rien dit quand il a fallu surveiller que chacun le porte tout le temps, dans le vestiaire. Je n’ai rien dit quand il a fallu redistribuer des masques d’urgence parce que leurs masques étaient mouillés. Je n’ai rien dit quand Adel m’a demandé quand est-ce qu’on enlèverait le masque? Je n’ai rien dit quand Fiona m’a dit qu’elle adorait la piscine parce qu’on pouvait enlever le masque. Je n’ai rien dit non plus quand on nous a annoncé que l’école de Jules Ferry ne serait plus obligatoire jeudi et vendredi pour éviter les risques de contamination. Je n’ai rien dit quand on nous l’a annoncé à la dernière minute, et qu’il a fallu préparer les cartables pour les vacances au cas où. Je n’avais rien dit quand on nous a dit qu’il n’y avait pas de risque à l’école, un peu plus tôt. Je n’ai rien dit quand il a fallu faire garderie pendant deux jours.

Alors, s’il te plait. Lis-moi.

Pour Noël, je ne veux pas de cadeaux. J’en ai reçu déjà, un nombre incalculable dans ma vie. Tellement que je ne me souviens même plus de tous les cadeaux que j’ai déjà eu. En réalité, je ne me souviens vraiment que de quelques cadeaux qui ont compté pour moi: le dvd de la série en noir et blanc de Belle et Sébastien, un poste avec des micro et des cassettes pour s’enregistrer, les deux premiers tomes d’Harry Potter. Ces cadeaux-là, je m’en souviens. Ils ont contribué à mon bonheur d’une certaine manière. Je me souviens des heures de jeux, de visionnage et de lecture. Dans ma vie d’adulte aussi, j’ai reçu beaucoup de cadeaux. Trop. Des choses que j’avais demandé parfois et dont je ne me souviens plus. Des choses futiles souvent. Des vêtements, des bijoux…

J’ai déjà tout ça. J’ai déjà tout ce qu’il me faut. J’ai un conjoint d’amour, un bébé d’amour, une famille aimante, de supers ami(e)s, une belle maison, un travail que j’aime malgré les aléas de notre gouvernement, des collègues supers drôles.

Pour Noël, j’aimerais juste que la vie redevienne comme avant. Que mes élèves ne me demandent plus quand ils enlèveront le masque. Qu’ils me disent qu’ils n’aiment pas la piscine au pire! Que mon fils connaisse le visage de sa nounou. Que je puisse circuler partout sans attestation, sans masque. Que l’on puisse se faire la bise pour se dire bonjour. Alors, efface tout ce qui s’est passé depuis l’an dernier. Ou, non. Sinon, gardons tout ça en mémoire. Peut-être que ça nous servira de leçon pour notre future. Mais, ça y est, on a compris Père Noël. Rends-nous le monde qu’on connu. Et on essayera de le rendre meilleur. De faire plus attention à notre planète et à nos prochains.

Et j’espère que mon fils connaitra alors un monde meilleur.